Développer des médicaments de nouvelle génération pour s’attaquer au problème de la résistance et améliorer l’observance des traitements

Pour endiguer l’émergence de résistances aux médicaments et réduire leur impact, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’utiliser une association de deux médicaments ayant un mode d’action différent. En effet, des rapports très préoccupants ont été publiés récemment sur l’émergence en Asie du Sud-Est et aux frontières de l’Inde1 de souches parasitaires résistantes à la fois à l’artémisinine et aux médicaments lui étant associés, tels que la méfloquine et la pipéraquine.2 L’apparition de populations de parasites résistants aux médicaments peut entraîner une réduction globale de l’efficacité et l’échec du traitement.3 Dans le pire des cas, cette situation pourrait conduire à une épidémie de paludisme résistant aux médicaments. En l’absence de médicaments efficaces de nouvelle génération, nous pourrions assister à une augmentation du fardeau engendré par le paludisme et de son taux de mortalité.

Les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA) doivent être prises une ou deux fois par jour pendant trois jours. Néanmoins, plusieurs études suggèrent que souvent les patients ne prennent pas les trois jours de traitement, ce qui peut entraîner une guérison incomplète et l’apparition de parasites résistants aux médicaments.4

Pour résoudre les problèmes de résistance aux médicaments et d’observance du traitement, MMV et ses partenaires privilégient le développement de nouveaux traitements, avec des molécules dotées de mécanismes d’action différents et actives sur toutes les souches connues de parasites résistants. Ces nouvelles molécules devront être capables de tuer rapidement les parasites et rester suffisamment longtemps dans le sang pour les éliminer complètement, et/ou protéger les patients contre le risque de réinfection. De tels composés pourraient faire partie de l’approche dite SERC (Single Exposure Radical Cure), offrant une guérison radicale en une prise unique, et ils pourraient potentiellement améliorer l’observance du traitement.

L’objectif à plus long terme est de développer des médicaments dits SERCaP (Single Exposure Radical Cure and Prophylaxis), offrant une guérison radicale en une prise unique ainsi qu’une forme de chimioprophylaxie supplémentaire, et pouvant être utilisés dans les programmes d’administration massive de médicaments. Le développement de médicaments dits MERC/MERCaP (Multiple Exposure Radical Cure) efficaces avec plusieurs jours de traitement sur certaines souches résistantes clés pourrait aussi être envisagé.


 

1 Tun KM et al. “Spread of artemisinin-resistant Plasmodium falciparum in Myanmar: a crosssectional survey of the K13 molecular marker.” Lancet Infect Dis. 15;415-21 (2015).

2 Yeka A et al. “Efficacy and safety of fixed dose artesunate-amodiaquine vs. artemether-lumefantrine for repeated treatment of uncomplicated malaria in Ugandan children.” PLoS One. 1;9(12);e113311 (2014).

3 Phyo AP et al. “Emergence of artemisinin-resistant malaria on the western border of Thailand: a longitudinal study.” Lancet. 379:1960-6 (2012).

4. Bruxvoort K et al. “How patients take malaria treatment: a systematic review of the literature on adherence to antimalarial drugs.” PLoS One. 9(1):e84555 (2014).