Développement de nouveaux produits pour les populations vulnérables

Enfants

MMV sait depuis longtemps que le développement de médicaments plus efficaces chez l’enfant permettrait de protéger la population la plus exposée au risque de décès lié au paludisme. MMV travaille avec ses partenaires pour développer et améliorer l’accès aux formulations pédiatriques actuelles, à la fois pour le traitement (combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, CTA) et pour la chimioprévention (sulfadoxine-pyriméthamine + amodiaquine : SP+AQ) du paludisme, et pour développer parallèlement des médicaments de nouvelle génération formulés pour l’enfant et pour l’adulte.

Le premier produit développé avec succès conjointement par MMV et ses partenaires était le Coartem® Dispersible (artéméther-luméfantrine), lancé par Novartis en 2009. À ce jour, 300 millions de traitements de ce produit dispersible au goût de cerise ont été distribués, ce qui en fait la CTA de qualité pour enfant la plus largement distribuée. En 2015, Pyramax® granules (pyronaridine-artésunate), développé par Shin Poong Pharmaceutical et MMV, a obtenu un avis scientifique favorable selon l’Article 58 de l’Agence européenne des médicaments (EMA), devenant ainsi la deuxième CTA conçue spécifiquement pour un usage pédiatrique autorisée par une autorité de réglementation rigoureuse. Une troisième CTA développée conjointement par MMV et Sigma-Tau, Eurartésim® (dihydroartémisinine-pipéraquine), a été autorisée par l’EMA en 2011 et a obtenu une préqualification de l’OMS en 2015. Le développement clinique de la formulation pédiatrique est terminé et sera soumis à l’EMA pour autorisation.

Par ailleurs, MMV est en train de développer parallèlement des formulations de médicaments de nouvelle génération pour enfant pouvant également être utilisées par l’adulte, afin d’en accélérer l’accès pour la population cible principale, c’est à dire les enfants de moins de 5 ans.

Femmes enceintes

Chaque année, 125 millions de grossesses dans le monde sont exposées à un risque de paludisme.1 Rien qu’en Afrique, cette maladie tuent environ 10.000 femmes et 200.000 bébés chaque année.2 Les femmes enceintes sont exposées à un risque accru de complications potentiellement mortelles, telles que le neuropaludisme ou l’anémie sévère.3 Afin de réduire le risque de paludisme pendant la grossesse, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une stratégie de chimioprévention spécifique, mais son acceptation et sa mise en œuvre sont limitées.

Le développement de nouveaux médicaments destinés aux femmes enceintes pose de nombreux défis. Les femmes enceintes sont exclues des études sur les nouveaux médicaments jusqu’à ce que les risques et les bénéfices soient clairement établis chez des sujets adultes dont des femmes non enceintes. Et pourtant, les doses de médicaments peuvent être différentes dans ces deux groupes. Les directives actuelles de l’OMS autorisent l’utilisation des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA) chez les femmes enceintes souffrant de paludisme pendant le deuxième ou le troisième trimestre de leur grossesse, mais pas pendant le premier trimestre lorsque le fœtus est le plus vulnérable, à cause du manque de données de sécurité essentielles. Par ailleurs, en l’absence de solutions de remplacement appropriées, certains spécialistes du paludisme suggèrent que les CTA pourraient aussi être utilisées en chimioprévention pendant la grossesse, mais cette solution pourrait conduire à une situation problématique où les mêmes médicaments seraient recommandés à la fois pour la chimioprévention et le traitement.

Il existe un réel besoin pour de nouveaux médicaments antipaludiques bien tolérés pendant la grossesse, à la fois pour le traitement et la chimioprévention. Bien qu’il soit impossible de prédire avec certitude quels médicaments seront appropriés pendant la grossesse, les médicaments qui ne le seraient pas peuvent être identifiés très tôt. Traditionnellement, les études précliniques visant à déterminer si une molécule est associée à un problème de sécurité sont menées parallèlement aux études de phase II. MMV a développé une stratégie pour effectuer ces études plus tôt, soit en même temps que les premières études chez l’humain réalisées dans le cadre du développement de phase I.

Cette stratégie a été menée avec succès pour les composés MMV048 et DSM265. Nous proposons maintenant de passer à l’étape suivante et d’évaluer sytématiquement la sécurité de nos molécules pendant la grossesse dès le début de l’évaluation préclinique. Ainsi, nous pourrons identifier le plus tôt possible les médicaments destinés à protéger les populations vulnérables et ensuite développer ces médicament en priorité.


1 Manyando C et al. “A systematic review of the safety and efficacy of artemether-lumefantrine against uncomplicated Plasmodium falciparum malaria during pregnancy.” Malaria J. 11:141 (2012).

2 Dellicour S et al. “Quantifying the number of pregnancies at risk of malaria in 2007: a demographic study.”PLoS Med. 7(1):e1000221 (2010).

3 Schantz-Dunn J & Nour NM. “Malaria and pregnancy: a global health perspective”. Rev Obstet Gynecol. 2(3): 186–192 (2009).